Sunukaddu au service de la société civile africaine
Vendredi 28 Octobre 2011
La méthode Sunukaddu facilite le transfert de compétences et l’accompagnement des organisations de la société civile africaine pour renforcer leurs actions de communication et de sensibilisation dans la société de l’information.
La société ouverte est une « forme d’organisation sociale dans laquelle les individus ayant des points de vue et des intérêts différents peuvent vivre ensemble en paix. » Pour fonctionner, une société ouverte doit être un espace de dialogue, et proposer aux citoyens une sphère publique où les idées et les points de vue s’échangent avec liberté et respect.

Une telle organisation implique une circulation constante des messages véhiculant les opinions et les idées des individus, des organisations et des points de vue et valeurs qu’ils défendent. Cette circulation existe grâce aux techniques et technologies de l’information et de la communication [1] Pour assurer le bon fonctionnement des sociétés ouvertes africaines, il appartient donc de doter les acteurs locaux de connaissances et d’outils adéquats pour échanger et débattre dans la paix et le respect mutuel.
Dans la société mondialisée, les communicateurs ont à faire à des récepteurs plus complexes et plus exigeants que leurs parents. Ces nouveaux citoyens développent un esprit critique vis-à-vis des multiples messages qu’ils reçoivent de toute part, et qu’ils acceptent, repensent, négocient, remodèlent, manipulent ou réfutent. Ces messages adressés à tous sont perçus différemment par tous. De manière générale, les acteurs locaux « informent (encore) des populations » au lieu de « communiquer avec des citoyens ».
La société civile peut montrer la voie vers le progrès social, et ceci pacifiquement en apprenant à utiliser la communication et à comprendre le fonctionnement des médias dans la société ouverte. Ceci nécessite du talent politique, bien entendu, mais aussi des compétences spécifiques : aller à un meeting, écouter la radio, lire une brochure ou un fascicule, regarder la télévision suffit la plupart du temps pour se rendre compte que bon nombre d’acteurs locaux ignorent encore le potentiel que libère une utilisation avertie de la communication et des médias.

On assiste depuis quelques années à une mondialisation de la société africaine. La prise de parole s’y libère et les rôles des acteurs publics et privés sont mieux définis et partagés. La presse prend mesure de sa mission citoyenne et cherche à jouer un rôle positif malgré des moyens limités. La société civile, elle, prône un agenda politique et social progressiste et s’ouvre progressivement aux femmes et aux jeunes, qui ont à présent leur mot à dire. Ces lueurs d’espoir ne doivent pas faire oublier les problèmes auxquels font face les pays de la région.
La transition démographique et socioculturelle, l’avènement du numérique, l’ouverture de l’Internet à des zones plus vastes, l’accessibilité du téléphone portable, la prolifération des radios communautaires, l’éclosion des télévisions privées et la mise à mal des tabous par les programmes de développement encouragent une prise de parole généralisée. La superposition d’un modèle de communication « horizontal et montant » au modèle « descendant » auquel nous sommes habitués est aujourd’hui en pleine éclosion. Mais cet espoir démocratique comporte ses propres risques : si tout le monde a la parole, cela veut dire que tout le monde peut s’exprimer sur tout – profusion de messages et bruit de fonds interdisant aux bons messages de parvenir aux bonnes oreilles.
Dans cette société où tout le monde communique à tort ou à raison on passe sans formation ni préparation de la non parole à la parole toute puissante. Ce qui pose problème car si tout le monde se prétend spécialiste, comment différencier les vrais des faux ? Comment s’assurer que les messages essentiels à la communauté, chargés de défendre la démocratie, de préserver la cohésion de la société et de promouvoir les réformes sociales, économiques et institutionnelles soient entendus et compris par les audiences à qui ils sont destinés ?
Il est urgent de former les acteurs locaux à comprendre comment fonctionne la communication moderne et à l’utiliser dans le cadre de leurs actions professionnelles. Sans une bonne connaissance de ce savoir-faire, les messages ne porteront pas : ils seront noyés sous les « bruits de fond » des informations quotidiennes, ou mal interprétés par les partenaires potentiels.
La Méthode Sunukaddu
La piètre qualité des émissions radiophoniques « citoyennes » fait « fuir » les auditeurs vers des radios privées divertissantes aux contenus éloignés des véritables défis sociaux. Les acteurs du développement en Afrique n’utilisent toujours pas le téléphone mobile dans le cadre de leurs programmes, et ce malgré son essor fulgurant, alors que ses multiples applications permettent de renforcer les programmes de droits humains : grâce aux SMS, on peut inviter des millions d’utilisateurs à signer des pétitions, à s’engager, à être informés d’une manifestation ou d’un meeting, des systèmes de veille servent d’outil pour une plus grande transparence des affaires courantes, ou signale corruption et violations aux droits humains. Le mobile permet à des organisations très différentes de travailler ensemble vers un but commun.
Ces jours-ci, on parle beaucoup du Web 2.0 mais les acteurs locaux doivent acquérir en premier lieu des compétences de base pour exploiter les suites bureautiques, chercher de l’information sur Internet, naviguer dans les bases de données, utiliser les logiciels de courriel, créer des blogs, etc. Si de nos jours la vidéo est plus accessible (coût et utilisation), une formation de quelques heures fait la différence entre une production médiocre et un contenu acceptable susceptible d’être diffusée par des télévisions à la recherche de contenus locaux. Enfin, Les compétences de leadership et de plaidoyer demandent à être renforcées et cet effort doit s’accompagner de formations en rédaction afin de comprendre comment les idées se formulent en messages convaincants.
Pour former les acteurs à utiliser ces outils dans le cadre de leur travail, le RAES a développé la méthode Sunukaddu (notre parole), créée en 2008 et testée depuis 3 ans dans le cadre de plusieurs actions de l’ONG. L’impact de cette approche est certes le renforcement et l’épanouissement de l’individu mais aussi celui de sa communauté : à l’issue des formations Sunukaddu, les participants sont capables de produire des messages de sensibilisation et d’information adaptés aux besoins et aux réalités de leurs communautés ou des cibles avec lesquelles ils travaillent. Ces messages sont diffusés dans le cadre des actions prévues dans les projets/actions de développement, par le biais de campagnes médiatiques. C’est la raison pour laquelle cette stratégie s’appelle Sunukaddu (« notre parole » en Wolof). Aujourd’hui, la hiérarchie en matière de communication est bouleversée : les nouveaux outils et l’espace public démocratique rendent possible—et capitale—l’expression des divers points de vue locaux. Les outils numériques décentralisent les modes de production et de création : ils nous offrent donc l’opportunité de prendre à notre compte la communication – c’est à dire de la faire notre, pour les nôtres. Ce qui était nécessaire il y a quelques années est aujourd’hui devenu possible : encore faut-il apprendre à le faire !
Les projets conduits par le RAES et ses partenaires montrent qu’en formant quelques dizaines d’éléments, on peut concevoir et diffuser des messages locaux de qualité, pertinents, adaptés aux populations visées (en termes de légitimité et d’impact) qui ont le potentiel de toucher massivement les populations et de les convaincre. Une formation d’un mois a suffit pour préparer une équipe locale apte à produire plus de 200 épisodes radiophoniques de 12 minutes : des millions de sénégalais en ont bénéficié indirectement. Au cours de Sunukaddu I, où la méthode a été développée : plusieurs centaines de milliers de jeunes dakarois ont été mis au contact de messages de sensibilisation adaptés et persuasifs, développés par un noyau initial de 50 élèves.
D’un point de vue technique, Sunukaddu repose sur deux théories : l’Apprentissage Social et Émotionnel (ASE) et les Compétences pour les Nouveaux Médias (CNM). ASE enseigne les bases nécessaires à la prise de décisions judicieuses, à l’entretien de relations interpersonnelles de qualité, à l’efficacité individuelle, l’estime de soi, l’attention sociale et le management personnel et communautaire. ASE enseigne les compétences essentielles pour évoluer dans une société ouverte, dans le respect de soi-même et celui des autres. En d’autres termes, ASE prépare le citoyen à s’insérer dans la sphère publique. Ces compétences basées sur l’approche Droit sont nécessaires au développement d’un individu, mais aussi à celui de son organisation et de sa communauté. Les compétences CNM apprennent aux participants les plus novices à utiliser les techniques d’analyse, d’expérimentation et de collaboration pour susciter un engagement communautaire efficace et responsable. La jonction des compétences ASE et CNM conduit l’individu à prendre l’assurance nécessaire pour «produire» un message adéquat et le «diffuser» par le bon canal.

L’impact de la formation « Sunukaddu » est multiple et dépasse le cadre des objectifs d’un projet. D’abord, la formation renforce l’indépendance : à l’issue du cursus, les participants appliquent les compétences acquises dans divers contextes : au travail, en famille ou au cours de leurs interactions sociales. Ils s’initient aux nouvelles technologies et aux nouveaux outils numériques, acquis essentiels pour réussir en ce début de XXIème siècle. Puis les participants apprennent à communiquer et à échanger (« on est ensemble ! ») : c’est à dire à agir. Ils s’informent, critiquent, écoutent, parlent. La méthode Sunukaddu donne accès à des techniques et des outils qui facilitent l’échange d’information et qui prennent en compte la réaction toujours complexe et rarement prévisible du récepteur. Sunukaddu apprend aux participants à identifier les risques de « bruits » de plus en plus multiples et complexes qui bloquent une bonne communication, et l’empêche d’atteindre son but (informer, éduquer, sensibiliser, plaidoyer, persuader, etc).

Sunukaddu enseigne la production de contenus locaux pertinents. Avec la prolifération des nouvelles technologies et l’accès généralisé à Internet et autres média numériques (téléphone mobile en tête), la production de contenus communautaires joue un rôle de plus en plus important dans l’acquisition de l’information et l’éducation des populations. Le secteur privé, qui l’a bien compris, mise sur des contenus de qualité, très variés, dotés d’un agenda spécifique, souvent bien différent de celui défendu par la société civile ou les organisations de développement. Pour capter l’attention des citoyens, il faut aujourd’hui produire des messages de qualité exemplaire : sans cette professionnalisation, les messages de sensibilisation vont se perdre dans la masse et resteront sans effet.

Chaque communauté a aujourd’hui la possibilité de produire une information qui lui soit propre : une information crédible, adaptée, qui réponde à ses attentes, à ses codes et à ses rites, qui ait donc la faculté d’accompagner plus efficacement les changements comportementaux et sociaux. Sunukaddu rend ce processus participatif. En faisant entendre leur voix sur la sphère publique les participants deviennent les avocats de leur propre changement.
[1] Les techniques permettent de formuler des messages adéquats à la situation, les technologies véhiculent ces messages
2012-01-04
Canal France International marque sont intérêt pour la série fiction « C’est la vie ! », ouvrant ainsi son réseau de distribution potentiel d’une quarantaine de station télévisées africaine.
En savoir plus... Accord de Pré-achat de la série « C’est la vie ! » par CFI
2011-12-15
La phase pilote du projet Radio Info Ado se termine sur un succès. Le premier groupe de jeunes formés au cours de l’hivernage 2011 a produit 5 émissions de 40 minutes sur la maternité sans risque, le dépistage anonyme et volontaire, les violences faites aux filles, l‘estime de soi, et une introduction à la santé de la reproduction.
En savoir plus... Radio Info Ado : les jeunes utilisent la radio pour informer leurs pairs
2011-12-15
Un projet de recherche financé par le National Institutes of Health (NIH) pour mesurer l’impact sur les connaissances, attitudes et comportements des projets multimédias mis en œuvre par le RAES.
En savoir plus... Projet de recherche financé par le National Institutes of Health
2011-12-12
La méthode Sunukaddu fera l’objet d’un chapitre dans un ouvrage intitulé « African Childhoods » (Enfances Africaines) publié par les Editions universitaires Palgrave MacMillan. Laurel Felt et Alexandre Rideau ont rédigé cet article de recherche de 7000 mots qui explique les trois grandes phases de développement de la méthode Sunukaddu entre 2008 à 2010 : sunukaddu 1.0, la campagne Sunukaddu et sunukaddu 2.0.
En savoir plus... Publication de la méthode Sunukaddu aux Editions Palgrave MacMillan
2011-11-29
Depuis une dizaine d’années, en Afrique comme ailleurs, l’intégration des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) aux systèmes de santé (e-santé) s’est brusquement accélérée. Définie par l’OMS comme « l’utilisation appliquée au secteur de la santé des communications électroniques et des technologies de l’information », l’e-santé a le potentiel de renforcer les systèmes nationaux de santé en facilitant la pratique quotidienne des professionnels de la santé, notamment en offrant plus d’équité dans l’accès à des services de meilleure qualité et en apportant des solutions pour résoudre d’endémiques problèmes de gouvernance sanitaire.
En savoir plus... RAES pour un plaidoyer de l’e-santé en Afrique Francophone






